Si les Ontariens veulent avoir une idée du genre de hausse d'impôt qui les attend après les prochaines élections provinciales, il leur suffit de jeter un coup d'oeil de l'autre côté de la rivière des Outaouais.
Dans son budget, le gouvernement Libéral de Jean Charest a entrepris de renflouer les coffres de la Belle Province en allant piger plus profondément dans les poches de contribuables. Une hausse d'un pour cent de la taxe de vente, augmentation d'un cent de la taxe sur l'essence pour les 3 prochaines années et augmentation des tarifs d'électricité.
Jean Charest emprunte même un page du livre de son homologue Dalton McGuinty, en imposant une nouvelle contribution-santé, comme l'a fait l'Ontario il y a 6 ans. Par contre le montant est plus modeste au Québec, un maximum de 200$ par année, comparé à 900$ en Ontario.
Si les Libéraux de Jean Charest peuvent prendre le risque de faire la lutte au déficit en mettant le porte-feuilles des contribuables à contribution, ce n'est pas seulement parce que les Québécois ont l'habitude d'un gouvernement plus interventionniste et qu'il sont prêts à payer pour de meilleurs services, comme le système de garderie à 7$ par jour.
Le Libéraux de Jean Charest peuvent miser leur capital politique maintenant parce qu'ils n'auront pas à faire face à la colère des électeurs avant encore au moins 3 ans. L'économie aura sûrement repris du poil de la bête et le gouvernement aura peut-être retrouver une marge de manoeuvre pour offrir un ou deux bonbons avant le scrutin.
En Ontario, le budget de la semaine dernière ne contenait aucune hausse d'impôts. Pourtant la situation financière est pire qu'au Québec, avec un déficit de 20 milliards de dollars, et un retour à l'équilibre budgétaire dans 8 ans, deux fois plus lentement que le Québec.
La différence, c'est que Dalton McGuinty n'a pas les mêmes cartes que Jean Charest dans sa main. Le temps joue contre lui. La prochaine élection provinciale (à date fixe) aura lieu en octobre 2011. Le Premier ministre ontarien manque également de capital politique, parce qu'il fait présentement face à un ressac dans l'opinion publique en raison de l'harmonisation des taxes de ventes fédérales et provinciales, qui fera augmenter le prix de plusieurs biens et services dès ce mois de juillet.
La plupart des mesures de restrictions annoncées dans le budget ontarien la semaine dernière, comme le report de 4 milliards de dollars en investissement dans le transport en commun, n'entrent donc pas en vigueur maintenant mais dans 2 ans.
L'Ontario a gelé le salaire des députés, des fonctionnaires et des employés des compagnies de la Couronne, mais n'a pas gelé les primes de rendement pour les hauts-fonctionnaires, comme l'a fait le Québec.
En octobre 2011, Dalton McGuinty va tenter d'obtenir une troisième mandat majoritaire consécutif. S'il réussi, ce serait une première en plus de 80 ans pour un gouvernement libéral en Ontario.
Et si Dalton McGuinty réussi, les électeurs ontariens n'ont qu'à regarder la ressemblance des mesures budgétaires adoptées au Québec et en Ontario pour renflouer leurs coffres, pour avoir une bonne idée des possibles hausses de taxes qui les attends.
